
Et dans le cadre du salon des vins Nature du 8 au 9 novembre à la coopérative du port
« Oliva, Oliva » de Peter Hoffman
Allemagne • 2005 • 68’
En présence du réalisateur Peter Hoffman
Oliva Oliva est un journal « filmé photographié » qui nous introduit au cœur de la vie d’apiculteurs dans l’extramadure espagnole.
Peter Hoffmann a tourné ce film pendant deux mois, en solitaire. Muni d’une caméra Super 8, il a rejoint la famille Oliva espérant filmer la récolte traditionnelle du miel, avant leur expulsion de leur propriété, la Finca. Mais, jour après jour, cette aventure burlesque se transforme en road-movie à travers la partie la plus reculée d’Espagne, sur les traces de Bunuel et du mythique Las Hurdes.
Peter Hoffman est né en 1957 à Bad Godesberg, près de Bonn en Allemagne.Après des études d’art à Hanovre, il réalise des courts métrages en Super 8, « Alle autos der Nordstadt » (1991), puis un court-métrage en 16mm, L’Année dernière à Rasiguères (1997). Son premier long-métrage documentaire « Oliva Oliva » est lauréat du Festival de Marseille en 2005.
J’ai connu Nono en faisant les vendanges dans le sud de la France, et nous nous sommes liés d’amitié. On le voit déjà dans mon court-métrage «L’année dernière à Rasiguères». Nono venait de Salamanque, apportant avec lui du miel et du pollen. Il aime bien être sur la route et il a des amis un peu partout.
Nono est avant tout apiculteur. Avec son père et ses frères, il travaille dans l’exploitation familiale. Mais en tant que biologiste diplômé, il fait de temps en temps des remplacements dans une école professionnelle et reste en contact avec l’université.
Nono m’a invité à Salamanque et je lui ai rendu visite à la Finca. (Finca signifie ‘domaine’, ‘propriété rurale’ – une expression qui paraît d’ailleurs un peu exagérée.) La Finca des Oliva se trouve à environ cinq kilomètres de la ville, au bord du Río Tormes. C’est là qu’ils ont leur atelier d’apiculture. Dans le haut du bâtiment se trouve l’appartement où vivait à l’origine toute la famille. Maintenant Nono y habite seul – et souvent il y a quelqu’un de passage.
Nono et son frère Manolo m’ont emmené à un rucher à proximité de la Finca pour me montrer les abeilles et leur travail. Avant même d’avoir enfilé le masque de protection, j’étais déjà piqué pour la première fois – nous nous étions trop approchés des ruches avec le camion. Puis j’ai été enlacé dans le costume d’apiculteur et envoyé au milieu des abeilles qui se précipitaient bruyamment sur le masque et le corps en attaquant.
Nous avons parlé du documentaire «Las Hurdes» que Buñuel a tourné en 1932 dans les montagnes au sud-ouest de Salamanque. A ma surprise, Nono m’a dit que l’un de ses grands-pères apparaît dans ce film. La famille Oliva est originaire de la Sierra de Francia, région voisine des Hurdes. Pour les Oliva, le film de Buñuel est un document précieux. Selon eux, il montrerait exactement les conditions dans lesquelles eux-mêmes avaient vécu à l’époque. Dans «Las Hurdes», Buñuel évoque entre autres l’apiculture comme activité alimentaire la plus importante de la région.
A la suite d’amitiés nouées à Salamanque, je suis venu m’installer en Espagne pendant un an. Je vivais d’abord à Salamanque, puis à Valladolid – à une heure et demie de train de Salamanque – et je gagnais ma vie en donnant des cours d’allemand et de français.
Au mois d’août, l’occasion s’est présentée de filmer chez les Oliva. Je m’y suis rendu avec une caméra super8 et juste assez de pellicule. En plus, appareil photo, petit appareil d’enregistrement pour le son, trépied et lampe. Le tout dans mon sac à dos. Je voulais observer les apiculteurs au travail et les filmer. Et puis Nono m’a vait parlé d’un voyage en Estrémadure, nom qui, rien que par le son, me paraissait déjà excitant.
Le soir de mon arrivée à Salamanque, ayant la sensation de m’engager dans une aventure, je me suis mis à écrire un journal. Au bout de quelques jours j’ai eu l’idée d’en faire le texte de mon film. Désormais, le film n’était plus orienté uniquement vers le travail même de l’apiculture. J’allais donner une idée plus générale du monde des Oliva.
De toute manière, il n’en restait plus grand chose de mes ambitions d’origine pendant cette première visite. A cause d’une série de pannes et de mésaventures – perte de la récolte en Estrémadure, panne de camion, puis la nuit qui m’empêchait de filmer – je ne parvenais pas à obtenir les images que j’avais imaginées.
D’autant plus que, depuis quelque temps, la situation de la famille était assombrie par l’expropriation de la Finca, qui devait céder la place à une station d’épuration. C’était surtout Nono qui s’occupait de la paperasserie qu’entraînait la lutte pour une indemnisation à peu près équitable.
J’étais de nouveau invité à Salamanque pour le mois de septembre – les Oliva aussi tenaient à mon filmage. Ce mois-là commençait la récolte du miel sur le plateau de Castille. C’était encore Nono qui venait me chercher, il avait de temps en temps des choses à faire à Valladolid.
Vu le peu de pellicule dont je disposais, j’ai eu souvent l’occasions de participer aux travaux des Oliva.
OLIVA OLIVA une vie d’apiculteur
Les Oliva entretiennent bien plus de mille colonies d’abeilles. Ils sont organisés en coopérative et – selon les besoins – ils travaillent chacun pour soi ou ensemble. Leurs ruchers sont parfois placés à des centaines de kilomètres de Salamanque, dans les coins les plus isolés. Les Oliva sont continuellement sur la route. Suivant les cycles de floraison, les ruches sont transportées d’un lieu à un autre, toujours de nuit.
Les abeilles hibernent au sud des montagnes de Salamanque qui séparent la Castille de l’Estrémadure. Dans ce paysage – intersection de deux zones climatiques – l’apiculture est un métier de tradition. Dans le film de Buñuel, on voit bien les vieilles ruches cylindriques en chêne-liège avec lesquelles avait encore travaillé le père Oliva.
Ici, au printemps, ils élèvent de nouvelles reines, tandis que les abeilles ramassent inlassablement le pollen, qui est surtout vendu en Allemagne, dans des magasins de produits naturels. A cette période de l’année, les hommes restent hors de chez eux pendant trois mois. Les femmes les munissent de grandes quantités de repas cuisinés à l’avance.
Valero, le village d’origine des Oliva dans la Sierra de Francia, est considéré comme un des plus grand producteurs de miel et de pollen d’Espagne. Pour autant, les apiculteurs n’y font pas fortune. Après avoir travaillé dans les années soixante dans une usine textile de Remscheid, en Allemagne, les Oliva sont venus s’installer à Salamanque pour y monter une apiculture moderne. Et voilà qu’ils se font chasser de leur Finca.
OLIVA OLIVA journal filmé
«Oliva Oliva» ne décrit qu’une courte période – dix jours en août et encore une semaine en septembre: le travail dans les ruchers et dans l’atelier, les voyages de jour et de nuit dans les camions, des démarches administratives avec Nono, et même une excursion dominicale à la Sierra de Francia avec sa mère. La fête de la ville de Salamanque et des nuits passées avec des amis dans les bars.
A travers les événements et les histoires souvent inattendus, les problèmes et pannes avec lesquelles les Oliva luttent en permanence et les discussions qu’ils mènent entre eux se produit une image de leur façon de travailler et du quotidien aventureux de la coopérative familiale.
En suivant les événements quotidiens, le récit effleure divers sujets historiques, politiques ou culturels – histoires colportées ou réflexions propres. Il aborde également des sujets personnels. Et il révèle mon attitude indécise par rapport au travail qui est le thème central de mon récit.
«Oliva Oliva» est structuré en chapitres quotidiens et composé d’une suite d’images variées, en mouvement et immobiles, en couleurs et en n&b, portant parfois visiblement les traces de leur traitement. Le texte qui les accompagne est parlé de façon continue, au rythme des images. Images et texte sont deux éléments autonomes qui ne concordent que par moments mais dans l’ensemble se complètent en forme d’une narration complexe.
Le film est réalisé en trois versions – allemand, français et espagnol.


