Fresque documentaire en cinq temps, tourné sur deux ans, “Mafrouza” tire son nom d’un bidonville d’Alexandrie. Construit sur les vestiges de la nécropole antique, Mafrouza est précaire. Si la vie y est rude, tous résistent avec grâce et ardeur. Mohamed Khattab, épicier-cheikh humaniste, Abu Hosny, vieux solitaire au logement inondé, la paysanne Om Bassiouni et son four à pain, tous incarnent et racontent cette résistance qui est la leur et qui fait de leur quartier un espace de liberté et de vitalité. Partant des premières rencontres avec ses habitants, “Mafrouza” raconte les destins de quelques personnes qui se répondent en une chronique polyphonique.
L’avis de Tënk
Mafrouza est labyrinthique comme ce quartier aux ruelles étroites dont Emmanuelle Demoris parvient à capter l’énergie vitale. Hors norme, ce cinéma invente un temps qui lui est propre, celui de la rencontre avec des personnages qui débordent les cadres et les frontières entre les épisodes. Ils ressurgissent ça et là, on les reconnaît, ils deviennent familiers. Malgré la dureté de la vie et les accidents qui égrènent le cours du récit, le bonheur est ici inaltérable et le rire fonde à lui seul la raison de ce projet gigantesque. On se laisse aller à Mafrouza, il faut accepter son irrationnelle durée pour faire cette expérience de cinéma inouïe. Pascal Catheland Réalisateur
Voir l’article dans l’onglet : Ressources
La Matinale : Mafrouza #3 : « Que faire ? » Emmanuelle Démoris
France • 2010 • 152 minutes entrée : 5€/3€ – 18 ans : entrée libre Pour l’ensemble des films (5) sur le week-end : 15€/8€ – 18ans : entrée libre
C’est la fin de l’été. On en partage la douceur avec quelques personnes de Mafrouza, dans un rapport maintenant confiant, proche et familier. On suit le fil de leur temps qui s’invente au présent, sans programme ni prévision. Actes graves ou passe-temps frivoles, chacun invente chaque jour les chemins d’une étrange joie de vivre, faite d’ardeur, de transe et d’intériorité. Abu Hosny répare sa maison inondée, Hassan erre et chante dans les nuits blanches, Mohamed Khattab fait le sermon, Adel et Samia attendent un enfant. Tous prennent aussi la parole pour dire leurs choix, leurs façons d’être au monde et d’être avec les autres. Et pour dire leur goût de la liberté, celle-là qui s’exprime au fil des errances et des rires, des cigarettes et du thé partagés avec
la caméra en ces derniers jours d’août.
Emmanuelle Démoris :
Née à Londres où elle passe son enfance, Emmanuelle Démoris a fait à Paris des études de lettres, d’histoire de l’art et de cinéma à la FEMIS. Elle a travaillé au théâtre, comme metteur en scène et comédienne, (Ô douce nuit ! de Tadeusz Kantor). Elle a écrit des adaptations théâtrales (Les Bacchantes, monté par Aooal Dumazel) puis pour le cinéma et la télévision, ce qui l’a amenée à rencontrer Jean Gruault, avec qui elle fondé les Films de la Villa en 2006. En 1997, elle a réalisé Mémoires de pierre, consacré à une carrière de pierre de la région parisienne, puis en 2010 Mafrouza, chronique polyphonique en 5 parties d’un quartier populaire d’Alexandrie (Léopard d’Or des Cinéastes du Présent à Locarno). En 2025 elle réalise Voyage au lac, cycle de trois films tournés sur la terre du lac de Bolsena dans le Lazio à cent kilomètres au nord de Rome, diffusé notamment aux États Généraux de Lussas et à Cinéma du réel.

