« L’Évangile de la révolution » de François-Xavier Drouet
France, Belgique, 2024, 1h55 entrée 5€/3€ -18 ans : entrée libre
Le souffle révolutionnaire qu’a connu l’Amérique latine au XXe siècle doit beaucoup à la participation de millions de chrétiens, engagés dans les luttes politiques au nom de leur foi.
Portés par la théologie de la libération, ils ont défié les régimes militaires et les oligarchies au péril de leur vie. À rebours de l’idée de la religion comme opium du peuple, le film part à la
rencontre d’hommes et de femmes qui ont cru voir dans la révolution l’avènement du Royaume de Dieu, sur la terre plutôt qu’au ciel.
CONTEXTE :
DE L’OPIUM DU PEUPLE
AUX FERMENTS DE LA RÉVOLTE
« Quand je donne à manger aux pauvres, on dit
que je suis un Saint.
Quand je demande pourquoi les pauvres ont
faim, on dit que je suis un communiste. »
Helder Camara, archevêque brésilien
« Entre christianisme et révolution,
pas de contradiction. »
Slogan sandiniste
1959 : la Révolution cubaine ébranle le monde. Partout en Amérique latine, les peuples s’élèvent contre des
siècles d’accaparement des richesses, par des régimes oligarchiques hérités de la colonisation. Mais sur le
continent qui compte le plus de catholiques au monde, l’Église reste à l’écart des mouvements sociaux, quand
elle n’est pas complice active des dictatures. La théologie de la libération va rompre ce pacte
historique entre Église et Pouvoir. Née à la fin des années 1960 dans le sillage du Concile Vatican II,
elle est à la fois un mouvement social et une théorie pratique de la foi. Elle répond à une question simple:
comment être chrétien sur un continent marqué par un degré inouï de violence et d’injustice ?
Sa réflexion part des pauvres et des opprimés, considérés non plus comme objets de charité, mais
comme sujets de leur propre histoire. Pour vraiment aimer son prochain, il faut changer les structures qui
génèrent la misère et l’exploitation. La valeur d’un chrétien ne se juge pas à sa piété et ses prières, mais
à ses actes ici-bas en faveur du Royaume de Dieu, conçu comme une société de justice et d’égalité. Le
rôle de l’Église est d’accompagner le peuple dans son émancipation, à la lumière d’une lecture libératrice de la
bible. Jésus y est vu comme une figure révolutionnaire, dont il faut suivre les pas.
Ce mouvement s’incarne d’abord par de petits groupes de laïcs: les communautés ecclésiales de base,
inspirées des premières communautés chrétiennes. On les retrouve dans les mouvements ouvriers, les
syndicats étudiants, les luttes pour la terre ou les droits des peuples autochtones… Elles seront aussi parfois
un sas vers les mouvements de lutte armée sous les dictatures. Leur rôle dans le retour à la démocratie sera
déterminant. Si la hiérarchie de l’Église s’est souvent opposée à la théologie de la libération, une partie du clergé
l’a embrassée : des prêtres, notamment jésuites ou dominicains, de nombreuses religieuses, parfois même
des évêques. Elle a aussi compté sur la participation de protestants ainsi que de missionnaires ou prêtres-
ouvriers européens et étasuniens.
François-Xavier Drouet est un réalisateur français né en 1979. Après des études de sciences politiques et d’anthropologie, il a suivi le master réalisation documentaire de création à l’École documentaire de Lussas.
Ses films ont été montrés dans de nombreux festivals, en France comme à l’étranger. Il vit et travaille sur le plateau de Millevaches, où a été tournée une partie de son film Le Temps des forêts (2018). En 2025 est sorti en salles son dernier long métrage, L’Évangile de la révolution.
Il est également co-auteur avec le cinéaste sud-africain Teboho Edkins de Gangster Project (2011), et Gangster Backstage (2013).
(Source : Tënk. Notice biographique mise à jour en décembre 2025).

