Fresque documentaire en cinq temps, tourné sur deux ans, “Mafrouza” tire son nom d’un bidonville d’Alexandrie. Construit sur les vestiges de la nécropole antique, Mafrouza est précaire. Si la vie y est rude, tous résistent avec grâce et ardeur. Mohamed Khattab, épicier-cheikh humaniste, Abu Hosny, vieux solitaire au logement inondé, la paysanne Om Bassiouni et son four à pain, tous incarnent et racontent cette résistance qui est la leur et qui fait de leur quartier un espace de liberté et de vitalité. Partant des premières rencontres avec ses habitants, “Mafrouza” raconte les destins de quelques personnes qui se répondent en une chronique polyphonique.
L’avis de Tënk
Mafrouza est labyrinthique comme ce quartier aux ruelles étroites dont Emmanuelle Demoris parvient à capter l’énergie vitale. Hors norme, ce cinéma invente un temps qui lui est propre, celui de la rencontre avec des personnages qui débordent les cadres et les frontières entre les épisodes. Ils ressurgissent ça et là, on les reconnaît, ils deviennent familiers. Malgré la dureté de la vie et les accidents qui égrènent le cours du récit, le bonheur est ici inaltérable et le rire fonde à lui seul la raison de ce projet gigantesque. On se laisse aller à Mafrouza, il faut accepter son irrationnelle durée pour faire cette expérience de cinéma inouïe. Pascal Catheland Réalisateur
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La Matinale : Mafrouza #2 : » Cœur » Emmanuelle Démoris
France • 2007 • 154 minutes entrée : 5€/3€ – 18 ans : entrée libre Pour l’ensemble des films (5) sur le week-end : 15€/8€ – 18ans : entrée libre Petit Déj offert dès 9h30
Juillet, sous la chaleur. La caméra est de retour, ce qui fait débat à Mafrouza. Hostilité des uns et sympathie des autres, ceux-là avec qui le film poursuivra sa route au fil de l’été dans le quartier. Tout semble avoir été frappé de destruction. Des habitations inondées, un four détruit, un couple au bord du divorce, une joue ouverte par une lame de rasoir. Chacun résiste, se reconstruisant ou reconstruisant le monde autour. Reconstruire le four, réconcilier le couple, recoudre la joue. Les gens de Mafrouza opèrent ces reconstructions sous l’oeil de la caméra qu’ils interpellent et questionnent. Leur répondant, la caméra devient personnage du film et trouve ainsi, au gré des échanges et des rencontres, un regard qui se fait amoureux.

Emmanuelle Démoris :
Née à Londres où elle passe son enfance, Emmanuelle Démoris a fait à Paris des études de lettres, d’histoire de l’art et de cinéma à la FEMIS. Elle a travaillé au théâtre, comme metteur en scène et comédienne, (Ô douce nuit ! de Tadeusz Kantor). Elle a écrit des adaptations théâtrales (Les Bacchantes, monté par Aooal Dumazel) puis pour le cinéma et la télévision, ce qui l’a amenée à rencontrer Jean Gruault, avec qui elle fondé les Films de la Villa en 2006. En 1997, elle a réalisé Mémoires de pierre, consacré à une carrière de pierre de la région parisienne, puis en 2010 Mafrouza, chronique polyphonique en 5 parties d’un quartier populaire d’Alexandrie (Léopard d’Or des Cinéastes du Présent à Locarno). En 2025 elle réalise Voyage au lac, cycle de trois films tournés sur la terre du lac de Bolsena dans le Lazio à cent kilomètres au nord de Rome, diffusé notamment aux États Généraux de Lussas et à Cinéma du réel.

