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« Hommage à Béla Tarr »

    Les Inscriptions ont fermées

    Suite au décès de Béla Tarr ce mardi 6 janvier à 70 ans, nous vous proposons une journée hommage ce:

    Dimanche 25 janvier 26        

    16h00 : Mise en bouche : Une émission de radio pour entendre la voix de Béla Tarr… (entrée libre)

    17h30 : Le film: « Le cheval de Turin » de Bélar Tarr (Hongrie, France, Allemagne, Suisse, États-Unis, 2011), (6€/3€)

    20h00 : Le repas:  Un menu hongrois pour rester dans l’ambiance  (10€ sur réservation: 20000docssurlaterre@gmail.com ou 06 42 28 65 33)
    – Goulash
    – Beigli aux Noix

    21h00 : Le documentaire: « Tarr Béla, I Used to Be a Filmmaker» de Jean-Marc Lamoure ( France • 2013 • 85’)   (6€/3€)

    ou la journée à 15€

    Le cheval de Turin de Béla Tarr :
    « À l’origine du Cheval de Turin il y a un épisode fameux. Le 3 janvier 1889, sur la piazza Alberto de Turin, Friedrich Nietzsche est pris d’une fulgurante crise d’empathie pour un cheval battu par son cocher, se jetant à son cou avant de s’effondrer en sanglots. On sait ce qu’il advint de Nietzsche, plongeant dans une folie dont sa mort seule, dix ans plus tard, devrait le délivrer. Qu’advint-il du cheval ? Cette question, simple et magnifique, est le prétexte du neuvième film du Hongrois Béla Tarr. Lequel a annoncé, au festival de Berlin où le film a remporté cette année l’Ours d’argent, que ce serait aussi le dernier. Le moins que l’on puisse dire, à l’abord du Cheval de Turin, c’est que ce testament ne dément pas la réputation de l’auteur des Harmonies Werckmeister ou de Sátántangó : celle d’un grand formaliste, pétrissant avec une exigence absolue une matière austère et sublime, lourde en chacun de ses plans du poids de la condition humaine – plans longs coulés dans le temps réel des gestes et des activités quotidiennes, paysages désolés où se déploient les dernières forces d’une humanité promise au néant, richesse extrême du noir et blanc et de la composition. Cette puissance d’expression, Le cheval de Turin en livre une impressionnante épure. Le film épouse l’écoulement lent du quotidien d’un père (le cocher dudit cheval) et de sa fille, couple de paysans exécutant sans relâche les mêmes tâches (aller chercher de l’eau au puits, prendre soin du cheval, faire bouillir et avaler les pommes de terres qui sont leur seul menu), tandis qu’au dehors souffle un vent d’apocalypse dont le rugissement plane sur le film entier. Cette alternance (dedans / dehors, répétition résignée des rites à l’intérieur / lutte épuisante avec les éléments dehors) est la plus belle idée du film, qui n’en finit pas, à mesure que l’on s’enlise dans cet éternel retour du quotidien, de donner plus d’épaisseur à la matière, au moindre geste, au plus petit élément. Et le cheval ? À la périphérie du film, dans l’enclos où on ne le visite que rarement, il est le coeur secret du film, l’oeil tragique où tout, irrémédiablement, s’engloutit – la bouleversante figuration du puits de tristesse où Nietzsche s’est laissé tomber. »

    Jérôme Momcilovic, Né en 1979, Jérôme Momcilovic est journaliste et critique de cinéma, et collabore notamment au magazine Chronic’art depuis 2006. Il est par ailleurs enseignant au sein de l’ESEC, et a rejoint en 2009 le comité de sélection du festival international du film de Belfort.

    Tarr Béla, I Used to Be a Filmmaker de Jean-Marc Lamoure

    En 2009, Béla Tarr (né en 1955) annonçait que «Le Cheval de Turin» serait son dernier film. Avec la complicité de son assistant, Jean-Marc Lamoure a accompagné cet ultime tournage au cœur de la plaine hongroise, entre les murs d’une ferme isolée. Entouré de collaborateurs de longue date, le cinéaste règle la chorégraphie de ces fameux plans-séquences en noir et blanc et livre quelques éléments de sa philosophie.
    Maître méconnu du cinéma contemporain, Béla Tarr réalise entre 2008 et 2011 Le Cheval de Turin qu’il annonce comme son dernier film. S’appuyant sur des images d’archives réalisées durant le tournage de cet ultime opus, ce documentaire propose une rencontre avec le cinéaste hongrois entouré de ses complices de création avec qui il travaille depuis trente ans. Au présent d’un contexte sociopolitique hongrois extrêmement préoccupant, ce film questionne le renoncement d’un artiste à créer, et son besoin viscéral de lutter.

    Béla Tarr :

    Si son nom est encore méconnu du grand public, ses films eux ont marqué les esprits de tous ceux qui ont eu la chance de les voir. Le réalisateur Gus Van Sant, l’essayiste Susan Sontag ou encore l’actrice Tilda Swinton ne s’y sont pas trompés : tous considèrent le Hongrois Béla Tarr comme l’un des plus grands cinéastes de son temps.
    Il y a toujours un peu d’exagération à affirmer qu’on peut reconnaître un cinéaste dès ses premiers plans, mais dans le cas de Béla Tarr, on peut admettre que trois plans suffisent à nous conduire en territoire identifié. D’abord, parce que trois plans chez Béla Tarr peuvent durer quinze minutes. Ensuite, parce que ses derniers films possèdent une signature visuelle profondément originale. Noir et blanc plutôt gris ; prodigieuse chorégraphie de la caméra ; goût pour les musiques entêtantes : Béla Tarr a trouvé son style. Bien sûr, il n’en a pas toujours été ainsi. Né en 1955, il a fait ses armes de cinéaste dans la Hongrie communiste. Ses premiers films ont donc un air réaliste pas vraiment socialiste. Le Nid familial (1977), par exemple, prend acte de la crise du logement dans la Hongrie d’alors : un jeune couple doit vivre dans la même pièce que les parents du mari. Tout va forcément mal finir. Rapports préfabriqués (1982) raconte à peu près la même histoire : dans un logement exigu, un couple d’ouvriers cesse de s’aimer. Béla Tarr filme cette violence conjugale à la mode Cassavetes, presque documentaire, très près des visages pour mieux capter les affects de destruction et de désespoir circulant dans ces prisons modernes. Et puis vient la révolution Damnation (1987) qui devance de peu la chute des régimes communistes sans que cela ait de rapport, mais qui peut savoir comment fonctionne l’air du temps ? L’un des grands changements de Damnation, et des films qui suivent, est que le cinéaste émigre à la campagne, une sorte de campagne urbanisée, où il fait en général un sale temps, pluie ou vent, et où la terre devient boue. Sans doute doit-il cet « exode rural » à l’écrivain hongrois Lázló Krasznahorkai qui devient son pourvoyeur d’histoires attitré. Damnation inaugure un autre grand changement : la caméra s’éloigne des corps. C’est fini, l’intimité des premiers temps ; maintenant, ce sont les hommes dans le décor qui intéressent le cinéaste, des hommes aussi tristes que les pierres ou la terre sale. Pourtant si le style a changé, la claustration demeure. Les humains restent prisonniers de leur destin, pauvreté, alcoolisme, violence politique ou amour malheureux. Simplement, en ouvrant l’espace, Béla Tarr a inventé de nouveaux moyens pour faire sentir l’enfermement. La ronde interminable, et magnifique, qui clôt Damnation, ou le temps qui recommence en boucle, dans Satantango (1994), sont une des façons, une des façons seulement, qu’a Béla Tarr de nous dire qu’on est enfermés et qu’on n’en sortira pas.

    Béla Tarr a le privilège, un peu triste, d’être le seul cinéaste hongrois contemporain dont les films franchissent régulièrement les frontières, grâce, sans doute, à leur intense splendeur visuelle. Son dernier film, Le Cheval de Turin, ne le démentit pas.

    Date et heure

    dim 25 janvier 2026 : 16:00
     

    Type d’évènement

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