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Escale Jour 5 : « Adieu Sauvage » de Sergio Guataquira Sarmiento

    « Adieu Sauvage » de Sergio Guataquira Sarmiento

    France, Belgique • 2023 • 92’, Documentaire, entrée 5€ (22h30, Café Théodore, salle François Maspéro) – En présence du réalisateur

    En Colombie, les « Blancs » pensent que l’Indien d’Amazonie ne ressent rien car dans sa langue, il n’y a pas de mots pour désigner les sentiments. Est-il possible que tout un peuple ne ressente rien et n’ait aucun mot pour parler d’amour ? Le réalisateur Sergio Guataquira Sarmiento, lui-même descendant d’une communauté autochtone colombienne presque disparue, part à la rencontre des Cacuas pour parler de leurs sentiments, de leurs amours, de leur solitude. Ce faisant, il renoue avec sa propre indianité. Tout en humour et en tendresse, les Cacuas tentent de lui apprendre ce que c’est que d’être un autochtone. Cette quête initiatique est une radiographie émotionnelle de tout un peuple.

    Ne manquez pas le documentaire : Adieu Sauvage (rtbf actus)

    Dans son premier long-métrage, le documentariste Sergio Guataquira Sarmiento revient dans sa supposée terre natale, pour s’y découvrir étranger parmi d’autres. Cela devait être un retour aux sources, une occasion de renouer avec ses racines. Pour Sergio Guataquira Sarmiento, réalisateur né à Bogota et installé en Belgique, mais dont le nom trahit les origines amérindiennes, le besoin d’aller à la rencontre du peuple autochtone des Cácuas avait quelque chose d’impérieux. Et qui de mieux qu’un réalisateur descendant lui-même d’une communauté d’Amazonie presque disparue pour les filmer ? Comme en témoigne avec humour, poésie et tristesse son documentaire « Adieu Sauvage », le rêve est en désaccord avec la réalité. Arrivé et accueilli sans trop de problèmes chez un des survivants des Cácuas, rencontré par hasard, il constate immédiatement que malgré l’accueil familier de la communauté, il est vu par tout le monde comme un étranger, un Blanc parmi d’autres, comme tous ces journalistes et ces scientifiques qui ont cherché à comprendre ce peuple, n’y sont pas parvenus, et ne sont jamais revenus.

    Humble et désireux de montrer le plus de respect possible de ce peuple auquel il aimerait appartenir, lui dont l’identité est éclatée entre plusieurs pays et cultures, le cinéaste cherche par tous les moyens à soustraire son film d’un regard ethnologique, voire colonialiste qui habite la démarche de tant de documentaristes. Cela passe notamment par le travail de l’image, comme il l’explique lui-même : « La couleur verte de la forêt […] est devenue un symbole d’exotisme total, je voulais libérer le film de cette vision. Le noir et blanc permet d’ôter une couche, d’arriver plus vite à une lecture de l’humain ». Cristallin, ce noir et blanc a pour en effet aussi de magnifier les paysages colombiens. Et peut-être aussi de souligner, pas ce choix formel, la distance qui existe entre les Cácuas et le cinéaste.

    Repoussant l’idée selon laquelle l’Indien d’Amazonie ne ressent rien car dans sa langue, il n’y a pas de mots pour désigner les sentiments, le cinéaste se penche sur la vague de suicide qui secoue la communauté, réduite d’années en années, entre départ vers la ville et départ vers l’au-delà. Est-ce l’occidentalisation du monde qui érode leurs âmes et les mène au désespoir ? Est-ce l’incommunicabilité de leurs émotions, qui les pousse à en finir aussi radicalement ? Loin des réponses toutes faites, Sergio Guataquira Sarmiento nous confronte au travers de protagoniste, Laureano, aux limites de ces questions. Observant la vie de cet homme avec délicatesse, tout en mettant sa propre existence à nu, le réalisateur signe avec « Adieu Sauvage » un documentaire d’une sincérité à fleur de peau.

    De son enfance, il dira que son nom composé trahissant des origines amérindiennes lui valut d’être souvent moqué.Sergio Guataquira Sarmiento est né à Bogota, le 5 avril 1987. Rien ne le prédestine au cinéma et pourtant à 19 ans, il quitte son pays pour l’Europe et s’inscrit aux beaux-arts de Poitiers le temps d’obtenir un visa étudiant. C’est durant ses études aux beaux-arts qu’il se rapproche du cinéma et qu’il tente le concours d’entrée à l’IAD en Belgique, avec succès. En 2018, son film de fin d’études « Simon pleure » est repéré et circule abondamment dans les festivals. On y voit un jeune homme qui suite à un chagrin d’amour se met à pleurer littéralement toutes les larmes de son corps. Entre burlesque et clown triste, résignation et férocité, Sergio Guataquira Sarmiento souhaite rendre honorable le sentiment de tristesse qui est trop souvent réprimé par la culture latino-américaine. Dans “Adieu, Sauvage”, son premier long-métrage documentaire, Sergio Guataquira Sarmiento se confronte au mal d’amour de la population amérindienne de l’Amazonie colombienne. Dans ce documentaire où un questionnement éthique sur le cinéma ethnologie croise une quête personnelle burlesque et parfois pathétique, il s’intéresse désormais à l’homme qui ne ressent rien. Sergio Guataquira Sarmiento, vit actuellement à Bruxelles, en attente de régularisation.

    Date et heure

    dim 9 juin 2024 : 20:30
     

    Type d’évènement

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