BEST OF DOC du 4 au 17 MARS
2026
10 films parmi les meilleurs documentaires sortis en 2025.
À voir ou à revoir en salle, dans toute la France, du 4 au 17 mars 2026.
DES HOMMES ET DES FEMMES TRAVERSÉS PAR L’HISTOIRE
Un cinéaste aux prises avec le néant de la Shoah, une jeune éphèbe face à la Russie de Poutine, une photographe sous les bombes israéliennes, une fille qui danse dans un Iranrêvé, un exilé tchétchène plantant son désarroi en Géorgie… les films sélectionnés en cette année 2025 dessinent une sorte de statuaire de personnages dressés contre les mauvais vents de l’Histoire. Mais ces hommes et ces femmes, traversés par l’Histoire de notre temps, le sont tout autant par le regard profondément humain et poétique des cinéastes.
Annick Peigné-Giuly Présidente de Documentaire sur grand écran
Tardes de soledad, d’Albert Serra
Espagne, France, Portugal • 2024 • 125’ entrée : 5€/3€
À travers le portrait du jeune Andrés Roca Rey, star incontournable de la corrida contemporaine, Albert Serra dépeint la détermination et la solitude qui distinguent la vie d’un torero. Par cette expérience intime, le réalisateur de Pacifiction livre une exploration spirituelle de la tauromachie, il en révèle autant la beauté éphémère et anachronique que la brutalité primitive. Quelle forme d’idéal peut amener un homme à poursuivre ce choc dangereux et inutile, plaçant cette lutte au-dessus de tout autre désir de possession ?
« Les après-midis sont remplis de solitude pour le jeune torero Andrés Roca Rey. Il les passe souvent seul dans sa chambre d’hôtel. Mais quand il entre dans l’arène, il est porté par les applaudissements de la foule. Il vit de la reconnaissance de sa force, des regards portés sur lui lorsqu’il domine le taureau. Par ce portrait, le réalisateur multi-primé Albert Serra (Pacifiction, La Mort de Louis XIV), révèle toute l’ambiguïté d’une pratique – celle de la tauromachie, si controversée – et d’un homme qui y consacre sa vie. L’image exalte une certaine beauté – quoi qu’on en pense, cel
le du geste, de la pose, du mouvement et du détail – par un travail de cadre qui n’est pas toujours tout à fait là où se trouve l’action : le regard traîne, il est un peu ailleurs… Mais le film prend aussi soin de montrer la mort en face, droit dans les yeux. Une ambiguïté cristallisée dans le détail du costume du torero, ses ornements qui nécessitent des heures de manufacture sans fin et qui finiront tâchés de sang. Des images de violence et de cruauté, ritualisées et théâtralisées, qui viennent interroger notre goût du spectacle et nos envies de puissance. » (Mourad-Anis Moussa – Visions du Réel)
Né à Banyoles en 1975, Albert Serra est un artiste et réalisateur catalan. Diplômé en philologie espagnole et théorie de la littérature, il acquiert une reconnaissance internationale avec son premier long métrage, Honor decavallera, une adaptation libre de Don Quichotte sélectionnée à la Quinzaine des Réalisateurs en 2006.
Il travaille avec des amis, acteurs non professionnels de son village, en voulant garder une ambiance de vacances durant le tournage. Albert Serra a trois règles qu’il impose à son équipe : ne jamais répondre au réalisateur qui parle aux acteurs durant les prises, ne jamais arrêter de jouer, ne jamais regarder le réalisateur.
Pour son deuxième film en 2008, Le chant des oiseaux, Serra s’inspire de la chanson catalane traditionnelle de Noël El cant dels ocells et retrouve la même troupe pour conter le voyage des Rois mages guidés par l’étoile du berger en quête de l’enfant Jésus.
En 2013, une carte blanche lui est offerte par le Centre Pompidou à Paris dans le cadre d’une correspondance avec le cinéaste argentin Lisandro Alonso. La même année, Histoire de ma mort, inspiré des Mémoires de Casanova, remporte le Léopard d’Or au Festival de Locarno. La Mort de Louis XIV, avec Jean-Pierre Léaud dans le rôle du Roi Soleil, est présenté en Sélection Officielle au Festival de Cannes 2016.
En 2019, son film Liberté explore une nuit de libertinages dans un petit bois, pendant la Révolution française. Le film reçoit le Prix spécial du jury à
Cannes dans la section “un certain regard”.
En 2022, Pacifiction est son premier film qui se déroule à notre époque. La méthode de tournage de Serra y est poussée à son paroxysme, dans de longues scènes d’improvisations guidée par oreillettes par le réalisateur. Le Film est présenté en sélection officielle à Cannes et reçoit le César du Meilleur acteur (Benoît Magimel) et de la meilleure photographie (Artur Tort).
Tardes de Soledad est son premier documentaire.

