Espagne, France • 2025 • 125′ entrée : 5€/3€ – 18 ans : entrée libre
En périphérie de Barcelone, Vallbona forme un îlot coincé entre la voie ferrée, la rivière et la route. Sur ce terrain en friche au long passé agraire, le plan d’urbanisation a été abandonné au moment de la Guerre civile et les maisons clandestines ont poussé, dessinant un faubourg joliment anarchique. Les jardins partagés et les rives baignables de cette utopie urbaine recèlent mille
souvenirs des générations qui y ont bâti leurs vies. Construit en deux saisons et reprenant la structure du western, Histoire de la bonne vallée voit l’hiver arriver quand les promoteurs s’emparent de ce lieu collectif de liberté où il y avait place pour le bonheur mais où de nouvelles lois s’appliqueront désormais. Dans la façon qu’a José Luis Guérín de filmer une communauté de
circonstance, on pense au cinéma de John Ford auquel il avait rendu hommage dans Innisfree en 1990. En apportant la gentrification, les Gens du Sud, comme les désignent les cartons inauguraux, font de cette terre un monde en déconstruction.
(Raphaëlle Pireyre – Visions du Réel)
Luis Guerín
Réalisateur insolite, imprévisible, à la filmographie clairsemée — un ou deux films par décennie —, José Luis Guerín est un autodidacte.
« Comme je n’ai étudié dans aucune école de cinéma, ma seule formation a été celle de spectateur, si bien que j’ai acquis un imaginaire peuplé de cinéastes qui m’ont aidé à découvrir le monde », affirme-t-il[1].
Il débute à l’âge de 24 ans avec Los motivos de Berta (1984), œuvre quasi mutique qu’il écrit, monte et produit tout à la fois. Le film ne sera jamais distribué commercialement.
Six ans plus tard, le réalisateur part sur les traces de L’Homme tranquille de John Ford, en Irlande, afin d’y tourner Innisfree. Encore sept ans et il réapparaît avec l’inclassable Tren de sombras, inspiré de l’expérience vécue par l’écrivain russe Maxime Gorki, décontenancé par les premières images du cinématographe projetées à Nijni-Novgorod en 1896.
En 2001, il accède à une plus grande reconnaissance : En construcción, situé dans sa ville natale, devient le film-symbole d’une génération espagnole éprise de documentaire-fiction.
Plus confidentiel, Dans la ville de Sylvia (2007), tourné à Strasbourg, se construit autour du visage de la femme, en l’occurrence celui de l’actrice Pilar López.
Avec L’Académie des muses (2015), Guerín renoue avec ses débuts : il prend la décision de produire, filmer et monter seul son film.

